Okay !

Ok, donc votre idée, c’est de changer le principe du Prix de la Jeune Peinture Belge qui était déjà devenu entre-temps ze Young Belgian Art Prize. Ok, ok, d’accord. Vous et votre idée avez peut-être raison ; cela avait fait son temps. Et puis comme c’est parrainé par une banque, l’inspiration vient pour changer de nom. Donc maintenant les artistes ne peuvent plus « postuler » parce que bon… Mais votre idée, c’est de les choisir, alors, de les sélectionner, ok. Vous voulez dire que, ok… En fait, réflexion faite, les artistes des éditions précédentes, tirés au hasard comme ça, à la pêche au canard, parfois, euh, c’est vrai, ils disparaissaient un peu des radars, plus tard. Mais bon, ok, chacun a sa vie finalement, ok, c’est pas toujours la panacée de « faire l’artiste », ou de « faire carrière ». Ils doivent avoir leurs raisons, ok un enfant, ok une professionnelle réorientation ; cela n’en ferait pas des artistes moins « importants » pour autant. Bon, on aime bien l’idée, c’est démocratique. Mais bon, ok, le Palais veut quand même miser au final sur des gagnants quoi, parce que bon… C’est bien joli tout ça, mais ok, ça coûte quand même de l’argent. Et puis on souhaite, we wish, un prix à caractère international, vous voyez. International. Puis bon, il n’y a pas toujours de quoi faire en Belgique, vous comprenez. Ce qu’il y a… On n’a pas de matériel sous la main. Un truc qui tient un peu la route. Vous comprenez bien, c’est parfois un peu comme ça, un peu… local, quoi. Ok. International, alright. Alors, on s’est dit, ben, pour miser sur des gagnants, il y a un moyen simple, en fait, c’est de miser sur ceux qui ont déjà gagné. Ben oui, ok. Comme ça, Bozar, c’est ok ! On a gagné ! On gagne à coup sûr, et c’est un peu moins le bazar, tu vois. Le tout venant. Dont on ne sait même pas qui, que, quoi, dont où… Et surtout jusque quand ? Parce que bon, même un artiste très brillant peut totalement déraper à moyen terme avec sa carrière. La cocaïne est quand même pas chère… Alors nous après, que fait-on ? Parce qu’on a misé sur ce cheval, quoi ! On a mis des dollars sur son dos.

Ok… Mais parce qu’en fait, en face, de l’autre côté de la Manche, scintille le Turner Prize, tu vois. You see. Et le prix Marcel Duchamp, outre Quiévrain. Et le prix de Rome, outre Moerdijk. Enfin, vous voyez, on veut simplement élever un peu le débat. Légitimement. On est pas là pour chipoter, quoi. On essaie de s’aligner sur ce qui se fait de mieux en Europe. On veut parvenir à un certain euro-dance standard. Hey ! It should evoke Tate in the minds of the people. Ok, quoi. Bon, ok, c’est cool ce changement parce que, ok, d’un côté, la limite de trente-cinq ans n’existe plus. Parce qu’il y avait cette limite d’âge avant, c’est vrai : ok. En raison du côté jeune de la peinture. Donc, maintenant, c’est vrai, ok, c’est sympa, même si on a quatre-vingt berges, ok, on est encore ok. Enfin, en principe, parce que là, sur le papier, on est plutôt dans une moyenne entre quarante et cinquante ans. Ok, c’est l’âge de la maturité, ok. Ils n’ont pas tort. Ça prend du temps de bâtir une œuvre. Nom de Dieu, tous ces détails ! Toutes ces méditations ! Ok, tous ces échecs ! Il faut s’accrocher, ok. Et alors ce qui est cool peut-être, c’est vrai, c’est que cela a l’air moins démocratique comme ça, le fait qu’on ne puisse plus « postuler »… mais peut-être, ok, c’est en définitive plus démocratique qu’auparavant, quoi. Comment ça ? Ben ouais, you see, avant, il y avait un pré-jury qui ne disait pas son nom et qui écrémait quand même un peu, beaucoup la mousse du lait. Et puis il refilait la patate chaude à un jury international. Pour qu’on ait plus de neutrality. Pour que ce soit a fair choice@Bozar. Pour qu’on ne puisse pas les taxer de favoritisme, ou autre. Parce que, ok, c’est vrai qu’il y a eu une période du prix, où on avait commencé à jaser dans les chaumières de Java.

Bon. Les amis de nos amis sont nos amis, ok / Mais quand tu captes le mic, tu fais du karaoke. / Tu fais des duplicata de mon art, j’irai te voir ici / Au 16 de la Faisanderie dans le 16ème à Paris, comme le chantait MC Solaar dans « Superstar ». Mais bon, voilà, on ne réinvente pas la roue. Chacun a ses goûts esthétiques. Et, ok, c’est très bien ainsi, okay. Donc, ok, maintenant, c’est plus démocratique parce qu’au moins, on ne prétend plus que ce soit démocratique. Ok, bon, d’accord. Le jeune art belge. Bon, alors, il faut connaître des gens importants. Entrer dans l’air du temps. Espérer être dans le viseur de ces gens, ok, importants. D’abord, il y a un jury de gens belges importants (si, si, de ce côté-là, ça existe). Puis un jury de gens internationaux importants (là, on en doute pas). De sorte qu’on obtient un prix qui est le Prix du Jury of the Young Belgian Art Prize. Un reflet des visées et de l’identité du jury. Prix du jeune jury de l’art belge. Prix belge du jeune jury de l’art. Prix de l’art jeune du jury belge. « Portraits croisés » etc. Ok. Ok, ok, ok, ok, ok, okay…

Bon, trois jours plus tard. Voilà : ok. Les artistes belges se réveillent le matin et ils pensent : « Vanitas, vanitatum, omnia vanitas & sic transit gloria mundi ». Bon, ok, tout ça n’a pas beaucoup d’importance. Surtout, si un jour, un des artistes belges se retrouve finalement dedans, avec les autres artistes belges dehors qui pleurent, ou aboient pour être dedans. Ok, c’est ça, parce que bon, quand on est dedans, qu’est-ce qu’on dit aux autres ? Or, ok, trêve de rancœur et de mélancolie, les oiseaux chantent. Oh, c’est trop bon, voici le printemps venu ! Bon, bon. Ce qui compte, disent les artistes belges, c’est la vie, l’art (éventuellement) belge, et puis sûrement les filles. They are so charming. So exciting, les filles. Et on a de la chance, elles sont très internationales. Alors, bon, ok, qui sont les artistes belges parmi les belges qui sont passés au travers des mailles du filet cette année ? Bon, ok, c’est cool. Ce sont des filles et des mecs cool. Des nice artists. J’imagine. Nous imaginons. Des amis de nos amis, ok. Alors, parlons des amis de nos amis. Nous aussi, hum, assumons. De certains amis en particulier, parce que vraiment, dans tout ce bazar, il y a quand même un very nice project. My god ! Il faut en parler. Bon. Ok ? C’est évidemment le projet de Simona Denicolai & Ivo Provoost. Des récidivistes. Au propre comme au figuré, d’ailleurs, car souvenez-vous, ils étaient là dans la sélection de la Jeune Peinture Belge, voici une douzaine d’années. Ok, autre temps, autres enjeux. Nous parlons du présent, ok ? Parce que là, vraiment, il se passe quelque chose en ce moment avec eux. On dirait que ce projet est une sorte de sommet. Enfin, bon, ok, il y en a eu d’autres, mais tout de même, c’est très, très cool ce qu’ils ont fait pour cette édition numéro 17 du Prix young peinture belgian.

Alors, ok, voilà le principe : d’abord, vous remarquez que l’entrée d’une des salles d’exposition dédiées au Prix a été étrangement obturée dans sa partie supérieure. Ok ? Vous suivez ? Donc, il faut se baisser pour entrer. C’est déjà assez intéressant comme mouvement, parce que ça veut dire : bon, ok, alors, votre idée, c’est de faire une exposition sur les meilleurs artistes belges ? Bon, d’accord, c’est votre idée. Ok, c’est super. Ça claque bien. C’est très Bozar BMW. Et puis on est joueurs. Après tout, qui aime bien châtie bien. Sinon, on n’en serait pas là, à vous raconter toutes ces salades avec mayonnaise Vandemoortele. Mais alors, voilà, bon ok. Le meilleur du meilleur du Belgian art, c’est très bien, mais on va un peu descendre sur terre, là, ok ? Diraient Simona Denicolai & Ivo Provoost dans un monde imaginaire bleuté. On va faire une entrée qui nous invite tous à courber un peu l’échine. A être un peu humble, un peu tranquille comme ça. Parce que bon, hein ! Oh, puis c’est marrant, tiens, cette entrée ressemble aussi un peu à l’entrée d’une mine. Une mine d’or. Ou de charbon, comme vous voulez, ok. Des choses qu’on connaît en Belgique. Tiens, ça commence à parler un peu plus de Belgium tout d’un coup !

Alors, on rentre dans la mine qui est en fait une belle salle d’exposition comme Victor Horta en a dessiné des tas, ok. Et comme Marcel Broodthaers les a investies d’une façon quasiment inoubliable, ok. Et là, que voit-on ? On voit une belle étagère qui courre sur tout le pourtour de la pièce et forme comme ça une ligne d’horizon à hauteur d’yeux. Okay, c’est on ne peut plus minimaliste. Et puis, sur cette longue étagère, est répartie une collection d’objets complètement dingue. Godverdomme ! On ne peut plus maximaliste pour le coup, la collection. En voilà un bazar, un vrai ! Ok. Et vous sentez dans l’air ce parfum du marché aux puces de la place du Jeu de Balle à Bruxelles. Il vous arrive dans les narines comme quelque chose d’infiniment familier. D’infiniment Belgian en fait. Ok, le marché de la place du Jeu de Balle est quelque chose d’absolument crucial dans cette ville parce que, telle la pointe émergée d’un iceberg, c’est une porte ouverte vers la psyché de la cité et de ses habitants. Et même vers la psyché du pays tout entier. Toujours ok ? Ce marché représente un peu le fond du panier : c’est là que vont aboutir tous les objets que nous avons aimés et qui nous ont représentés. Un objet ne peut pas descendre plus bas que le marché de la place du Jeu de balle. Au-delà, il disparaît dans les entrailles des décharges, ok, il se décompose, ok, on le brûle, ok. Ce qui est intéressant, en outre, c’est qu’il y a comme un « temps de décalage » entre le moment où ces objets figurent dans les habitations des gens et le moment où, ok, ils se retrouvent aux puces. Ce décalage est de l’ordre de 25 à 80 ans. C’est toujours la Belgique d’il y a 25 à 80 ans que l’on voit apparaître le matin, place du Jeu de balle. C’est le temps nécessaire pour que les objets fassent leur pénitence, pour qu’ils soient perdus, abandonnés, délaissés, pour que leur propriétaire décède sans héritiers, pour qu’ils trouvent leur chemin jusqu’aux pavés du marché. Donc, ok, c’est une photographie de la psyché, décalée, retardée. Il y a un retardateur qui nous laisse le temps de sourire, d’en rire, de faire contre mauvaise fortune bon cœur. Okay. Mais alors, ok, une fois passée cette évocation du marché du Jeu de balle que le spectateur saisit au vol (et à raison, parce qu’on en est pas loin), ok, on entre un peu plus dans le détail du projet de Denicolai & Provoost. Ok. Par exemple, on aperçoit un petit guide jaune et blanc, minimaliste lui aussi, dont quiconque peut se saisir d’un exemplaire, disposé dans un présentoir qui en contient un abondant paquet. Vous pouvez en prendre un, ok ? Le titre en est Eyeliner : un accroche-cœur. Et là, on se rend compte qu’en fait, ce ne sont pas des objets venant de la place du Jeu de Balle (encore qu’ils y aboutiront tôt ou tard) mais des objets venant des appuis de fenêtres de maisons bruxelloises, comme nous le renseigne une notice en entrée de livre. Waw ! Ok. C’est de plus en plus authentiquement belgian parce que, oui, oui, oui, ok, ok, ok, on connaît tous cette habitude bien bruxelloise « d’exposer » des objets sur ses appuis de fenêtre, à plus forte raison lorsque l’appartement donne sur la rue. Waw. On voit ça partout quand on marche longuement dans cette ville. Ok. Et donc, les artistes belges Simona Denicolai & Ivo Provoost ont eu cette idée géniale, ok, de « solliciter des prêts » de ces objets pour qu’ils soient « exposés au Palais des Beaux-arts ». A Bozar, ok. Et alors, ok, dans le petit guide jaune Eyeliner, il y a chaque fois un dessin au trait fait par les artistes représentant l’objet, l’adresse et le nom du propriétaire et une « petite biographie » des prêteurs. C’est génial. Parce que du coup, ok, la logique de ce contexte quelque peu pesant du Prix est complètement chamboulée. Oh, waw ! La perspective que cela ouvre est tellement spatiotemporelle, qu’on en serait presque suffoqué. Mais oui. Parce que du coup, les objets, après l’exposition, vont « retourner chez les prêteurs » et dessiner alors une gigantesque quoique discrète exposition à l’échelle d’une ville, d’une nation, d’une psyché : ok. On connaît cette logique des expositions, désormais coûteuses, où l’enjeu consiste à solliciter tout un tas de prêteurs, afin d’espérer rassembler les œuvres d’un artiste. Alors, ok, les prêteurs acceptent parfois de prêter leurs œuvres, soit en échange du crédit scientifique que cela apporte à leurs possessions, soit parfois en échange du prix d’une caisse que l’on fait construire pour son transport, ou d’une restauration qu’on finance, soit en échange d’un autre échange, dans le cas de deux musées qui acceptent de se prêter mutuellement des pièces, selon le calendrier des expositions temporaires à venir. Ok, etc. Sauf que là, d’abord, ce sont des objets qui a priori n’ont pas de valeur, ou ont avant tout une « valeur sentimentale ». Ok. Mais en fait, ok, voilà la vraie valeur ! Oh waw ! Parce que les objets qu’ils soient d’art ou pas, ne sont que des objets. Et tout ce cirque autour des œuvres d’art, ok, tient parfois de la plus totale et collective des névroses. Si on vous parlait seulement des assurances. Du coup, ok, c’est trop fun ! Voilà Bozar obligé, au moins symboliquement, d’administrer des prêts, non plus avec le Centre Pompidou ou un autre riche collectionneur privé intéressé, mais bien avec Monsieur et Madame tout le monde qui se révèlent, de surcroît, bien plus « artistes belges » qu’on ne pourrait le croire. Il suffit de leur poser la question, de s’intéresser à eux, de regarder ce qu’ils font. En témoignent les biographies condensées de ces prêteurs improvisés qui valent largement des vies et des passions d’artistes ou de collectionneurs, ou de commissaires d’exposition, ou de directeurs de musée, ok. Ok, ne résistons pas à nous plonger dans l’une d’elles : « Serge Wéry. Monsieur Wéry est né le 17 octobre 1957, à Boitsfort. Il a étudié architecture à Saint-Luc et, en 1987, il a ouvert son bureau d’architecture, Numérobis (ndlr : ce nom !), avec trois associés. Le 2 janvier 1997, il s’est lancé avec deux amis dans la traversée de l’Atlantique –en suivant la route de Christophe Colomb– sur un voilier de douze mètres nommé L’inutile. La traversée s’est terminée en Martinique, aux Antilles, le 28 janvier. Afin de garder contact avec sa femme et ses enfants, alors âgés de 5 et 9 ans, il a soigneusement préparé avant son départ plusieurs messages, placés dans des bouteilles, retraçant imaginairement l’avancement du voyage suivant la route maritime prévue. Tous les trois jours, grâce à la complicité de son collègue Patrick, une de ces bouteilles échouait dans la boîte aux lettres de la famille Wéry. En plus de ces bouteilles à la mer imaginaires, trois autres bouteilles furent elles réellement jetées à la mer au milieu de l’Atlantique. Une d’entre elles a été retrouvée sept ans plus tard sur une petite île des Turks & Caïcos, comptant alors 13 habitants, par un étudiant chargé du nettoyage des plages ». Ok, on le voit, Paul Gauguin a intérêt à ne pas trop la ramener.

Puis, bon, ok, ce petit livret des deux compères, Eyeliner sonne quand même comme un utile manuel de curating. Il faudra en parler à Hans ; il paraît qu’il va faire un crochet. Il y a des petits socles dans l’exposition qui servent d’ailleurs à faire monter à la proue le capitaine. Puis, bon, ok, voilà un coup finement joué : Denicolai & Provoost n’exposent en réalité rien du tout au sein de ce Prize, sinon des étagères vides. Et des objets qui vont et viennent. Ok.
Ils redessinent le schéma scientifique de la question. C’est une histoire de cercles concentriques, d’échos. D’ailleurs, il y a bien des statues dans l’exposition qui font face au mur et non au spectateur. C’est un renversement de la force centrifuge en force centripète. Il est bien beau de chercher le noyau, mais ce dernier est tributaire, est le produit de ce qui l’entoure, des écorces, des peaux.

Mais ce n’est pas tout. Ok, regardons les objets à présent. Et regardons aussi comment ils sont disposés par Denicolai & Provoost sur leurs blanches étagères. Ok, il y a là des navires en bois et en os. Ok, il y a des sculptures africaines de toutes sortes. Des sculptures africaines, et des souvenirs de voyage africains faits pour les touristes, qui sont déjà des espèces de traductions d’un imaginaire dans un autre. Il y a aussi un félin empaillé, ok. Des œufs ouvragés. Des cadres avec des images dedans, ok. Un groupe de chanteurs ; une vue d’un genre de serres de Laeken ; deux dauphins bondissant ; une photographie d’une reconstitution de la bataille de Waterloo. Et puis, ok, il y a des chats en bois ou en plumes. Ok, il y a des marbres et des bronzes. Ok, il y a un autel dédié à Sainte Fatima, priez pour nous. Ok, il y a quelques sculptures suaves de corps féminins plus ou moins vêtus. Etc. Ok, ok. Et c’est au travers de tout ce fatras que surgit l’objet volant toujours à identifier nommé « Belgique ». La Belgique qui est sur le papier le seul véritable thème de ce « prize ». De la Belgique, dans toute sa bizarrerie, son excentricité, son bricolage génial et médiocre, ses rêves, son passé colonial, ses aspirations à voyager. C’est cet horizon là qui se dessine enfin, avec toutes ces silhouettes qui se devinent au loin. D’où le titre du livret, eyeliner. Quand on est au sommet d’un phare, on pose cet acte, spontanément, sur la mer vaste et minimaliste : deviner les bâtiments croisant au loin. Rappelons qu’Ivo est de Dixmude, de notre côte belge large et symboliste, telle que l’a représentée Spilliaert. Tandis que Simona est italienne, et emmène avec elle l’art de l’assemblée et des choses légères quoique tranchées, façon Piero Manzoni > Rossella Biscotti.

Bon, ok, alors, il y a aussi tout un tas de choses inavouables, dans cette Belgique qui remonte comme ça à la surface, comme après un naufrage, via tous ces objets ramenés dans l’institution depuis les négligeables appuis de fenêtres où ils résidaient. C’est ça, l’histoire, c’est comme la télé réalité, avec le temps tout finit par se savoir.
Alors, ok, ce qui flotte sur la mer minimaliste de ces étagères, c’est bien sûr notre perception de l’africain, notre rapport à l’exploitation des matières premières qui ont fait en son temps la fortune de la nation, sur base de laquelle bien des bâtiments bruxellois furent construits. Ok, peut-être même ce chef d’œuvre d’Horta nommé le Palais des beaux-arts, ok. Tout ça revient en même temps que des choses plus confuses. L’histoire étant fait du sens qu’on lui donne, et des dimensions inexplicables qu’on lui connaît aussi, d’ordinaire, mais que l’on contourne, embarrassé, pour ne pas laisser traîner des bouts d’inconscience. Mais alors, ok, c’est ça : tout ça revient aussi gaiement, finalement. Par delà, les crimes commis, ok, on peut saluer l’innocence de cet acte collectif d’appropriation d’objets perdant peu à peu leurs charges symboliques de départ pour en trouver une nouvelle, ok, celle de notre temps, ok, qui consisterait à faire tourner tout ça dans une grande sarabande, à admettre la bizarrerie, le foutraque, l’hétérogénéité. Parce qu’on sait bien, ok, que tout ça est bien Belgian, et même assez bien human. Tout un bazar à la Brueghel, un grand festin. Où, ok, on mangerait de tout, du gratin dauphinois comme du mafé. Voilà un projet, ok, sacrément bien pensé. Tant et si bien qu’on ne pourrait pas même y ajouter une virgule, un ok (mais, c’est pas dit qu’ils vont gagner).

Louis Annecourt